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De Paris à Damas / From Paris to Damascus

Mardi, décembre 6th, 2011

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Née en 1978 à Alep, en Syrie, Ola Abdallah part très vite pour la France, destination Paris : âgée d’un an à peine, elle restera dans la capitale jusqu’en 1986, où elle retourne en Syrie, cette fois à Damas. Inscrite au lycée français, elle repart ensuite à Paris pour poursuivre ses études…
 

Born in Aleppo-Syria in 1978, Ola Adallah left for Paris-France when she was not even a year old. She remained in Paris until 1986 and returned to Syria, but this time to Damascus. She registered at the French high school then, flew back to Paris to carry on her schooling.

Si ces aller-retours entre la France et la Syrie ont certainement contribué à façonner la personnalité d’Ola Abdallah, ils ont peut-être aussi influé sur sa pratique artistique. En effet, les œuvres d’Ola Abdallah sont rarement d’un seul bloc : diptyque, triptyque ou polyptique, l’artiste aime prolonger le mouvement créé à l’intérieur du cadre et le faire sortir de l’espace bidimensionnel habituel de la peinture.

If these back-and-forth trips between France and Syria have definitely contributed to shape her personality, they must have influenced her artistic practice as well. Indeed, Ola Abdallah’s works never come in one piece: diptychs, triptychs or polyptychs.., she likes to extend the movement designed inside the frame and help it out of the usual two-dimensional world of painting.

ola_abdallah_mush_mosh_paradisemushmoshparadise2La toile choisie par Aventures des Toiles pour la ligne Mushmosh Paradise, par exemple, ne fait pas exception : elle est complétée par une autre toile, qui est à la fois sa jumelle et son opposé.

The painting that has been chosen by Aventures des Toiles for the Mushmosh Paradise range for instance is no exception: It is supplemented by another painting which is both its twin and its opposite.

Car si la palette utilisée dans les deux toiles est très proche, les teintes du deuxième tableau sont affectées d’une infime variation. Comme assourdies, elles permettent à l’œil de revenir sur la première toile pour l’apprécier différemment, prenant la mesure de sa singularité.
De Paris à Damas, ou d’une toile à l’autre, la richesse vient autant des similitudes que des différences, qui se renforcent mutuellement.

Even if the palettes used for both paintings are very similar, colours of the second painting vary in slightly different shades. As if stunned, colours enable the eye to go back to the first canvas with a different look and to enjoy its singularity.
From Paris to Damascus or from one painting to the other, the richness comes from similarities as much as from differences, reinforcing each other.

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Champs de papier et graines de pigment / Paper fields and pigment seeds

Lundi, novembre 28th, 2011

ola_abdallah_mush_mosh_paradiseOla Abdallah cultive son art comme d’autres cultivent leur jardin.

Ola Abdallah takes care of her art as some would do with their garden.

Ses tableaux sont des champs de papier, labourés de traits fins et ensemencés d’encres et de pigments.

Her paintings are fields of paper, ploughed with fine lines and seeded with ink and pigments.

Dans ses œuvres, la ligne prédomine. Elle traverse la toile de part en part, se duplique en dégradés ou en contrastes, identique et différente à la fois. Toujours abstraite, la ligne évoque, chez Ola Abdallah, des paysages de couleurs, des ambiances de lumière, des associations de matières.

The line prevails in her works. It crosses the canvas from one end to the other. It duplicates in various shades or contrasts, both the same and different. In Ola Abdallah, the line, though always abstract, recalls landscapes of colours, atmospheres of light and combinations of materials.

Pour expliquer son travail, l’artiste en raconte la genèse. Lorsqu’elle s’est inscrite aux Beaux-arts de Damas, il lui a fallu s’initier à la calligraphie arabe. Perfectionniste, elle s’entraîne alors à la maîtrise du geste sur des rouleaux de papier calque. Fascinée par ces mètres de traits et de courbes qui s’accumulent, Ola Abdallah s’amuse à les juxtaposer pour suivre la ligne de l’écriture – à l’infini. Peu à peu, elle abandonne le point de départ de l’écriture pour ne plus suivre que la ligne du pinceau.

The artist refers to Genesis in order to explain her work. When she registered at the school of Fine Arts in Damascus, she had to learn about Arabic calligraphy. Being a perfectionist she trained for the mastery of the gesture on rolls of tracing paper. Fascinated by these yards of lines and curves accumulating, Ola Abdallah had fun juxtaposing them to follow the line of writing – endlessly. Step by step, she abandoned the starting point of writing to only follow the brush line.

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Si les toiles d’Ola Abdallah génèrent une forme de fascination, c’est qu’elles sont porteuses de tensions internes savamment dosées, jonglant entre la maîtrise et l’imprévu : grâce à une méthode de travail fixée dans les moindres détails, l’artiste commandite elle-même les accidents qui mettront en péril l’harmonie de son tableau.

If Ola Abdallah’s paintings bring fascination, it is because they bring carefully crafted tensions juggling with mastery and contingency: thanks to an extremely well-fixed work method, the artist herself premeditates accidents that will put the harmony of the painting in jeopardy.

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Pour commencer, Ola Abdallah maroufle par endroit la toile nue de papier de riz. La surface neutre devient irrégulière, l’espace uniforme se fragmente. Le mélange des pigments et leur application sur la toile viennent ensuite, avec leur inévitable part d’aléatoire. A petites touches, l’artiste a construit sa cartographie du hasard. De ce chaos de couleurs et de volumes, Ola Abdallah va tirer un nouvel équilibre. Les lignes qu’elle trace à main levée rééquilibrent la distribution des couleurs et structurent des surfaces distinctes à l’intérieur du cadre, inventant un dedans et un dehors pour « donner au spectateur la possibilité de voyager dans un petit espace, bidimensionnel ».

As a start, she masks the bare canvas in some places with rice paper. The neutral surface becomes uneven. The even space splinters. The blend of pigments and their application on the canvas come then with their inevitable part of random. In small steps, the artist builds her mapping of chance. Out of this pandemonium of colours and volumes, a new balance will be found. The lines she draws freehand rebalance the colour distribution and organize distinct surfaces within the frame. They invent an inside and an outside to “give the viewer the opportunity to travel in a small two-dimensional space”.

27Pour Ola Abdallah, cette méthode de travail n’est pas une contrainte mais un support qui la mène à la méditation, comme dans les disciplines orientales où l’enchaînement des gestes conduit à l’équilibre intérieur. Avant de tirer ses lignes, l’artiste peut ainsi rester des heures à contempler sa toile : les encres qu’elle utilise dans ses tableaux ne donnent pas droit à l’erreur car elles saturent très vite ;  une fois le pinceau en main, « chaque geste est irrémédiable. »

For Ola Abdallah, this work method is not a constraint but a support that leads her to meditation as in some oriental disciplines where the sequence of actions leads to inner balance. Before she starts drawing lines, the artist may stay hours contemplating the canvas: the inks she uses in her paintings do not give room for error for they saturate very quickly. Once the brush is in hand, “each action is irreparable”.

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Sereine et posée, Ola Abdallah a inventé un cadre strict à l’intérieur duquel sa créativité ne trouve pas de limite : « Chaque série m’emmène vers l’autre pour explorer des palettes, des couleurs, des matières. » Tout comme le Candide de Voltaire, Ola Abdallah « cultive son jardin » : dans cet espace clos et volontairement restreint, elle prouve que la liberté véritable se trouve à l’intérieur de la contrainte.

Serene and composed, Ola Abdallah has created a strict framework inside which her creativity has no limit: “Each series leads me towards the next one to explore new palettes, colours and materials”. As would Voltaire’s Candide say, Ola Abdallah “takes care of her garden” in that confined and deliberately restricted space, she is proof that genuine freedom lies within constraint.